La lonsdaléite : quand le carbone hexagonal rivalise avec le diamant
- Pierre Lafrance
- 16 avr.
- 3 min de lecture
Un allotrope du carbone longtemps controversé
Depuis 1967, un minéral intrigue la communauté scientifique : la lonsdaléite, aussi appelée diamant hexagonal. Identifiée pour la première fois dans des fragments de la météorite Canyon Diablo en Arizona, cette forme de carbone pur se distingue du diamant conventionnel par sa structure cristalline hexagonale (type wurtzite), alors que le diamant classique adopte une structure cubique.
Son nom rend hommage à Kathleen Lonsdale (1903–1971), cristallographe irlandaise dont les travaux pionniers en diffraction des rayons X ont transformé la cristallographie moderne.
Formation naturelle : née des impacts météoritiques
Dans la nature, la lonsdaléite se forme lorsque le graphite contenu dans les météorites subit des pressions supérieures à 12 GPa et des températures avoisinant 2 000 K lors d'un impact planétaire. Cette transformation convertit la structure en couches du graphite en un réseau hexagonal de carbone en quelques secondes. Les spécimens naturels restent cependant microscopiques et contiennent généralement des défauts structurels, ce qui leur confère une dureté réelle estimée entre 7 et 8 sur l'échelle de Mohs, bien en deçà de celle du diamant.
Un débat scientifique de cinquante ans
L'existence même de la lonsdaléite comme phase distincte a fait l'objet d'une controverse majeure. En 2014, Németh et ses collaborateurs ont publié dans Nature Communications une étude démontrant, par microscopie électronique à ultra-haute résolution, que les échantillons identifiés comme lonsdaléite étaient en réalité du diamant cubique présentant des défauts d'empilement et des macles. Cette analyse a conduit certains chercheurs à proposer le terme « diamant à empilement désordonné » comme description plus exacte du matériau.
2025 : première synthèse en volume
En 2025, une équipe internationale dirigée par Liuxiang Yang, du Center for High Pressure Science and Technology Advanced Research (HPSTAR) à Pékin, a publié dans Nature (vol. 644, pp. 370–375) la première synthèse réussie de diamant hexagonal en volume. En comprimant du graphite monocristallin sous haute pression et haute température dans des conditions quasi-hydrostatiques, les chercheurs ont produit des cristaux de lonsdaléite de taille millimétrique et de haute pureté. Cette réalisation a apporté une réponse concrète au débat en démontrant que le diamant hexagonal peut exister comme phase distincte et être synthétisé de manière reproductible.
Dureté : prédictions théoriques et mesures réelles
Des simulations informatiques ont prédit que la lonsdaléite idéale pourrait atteindre une dureté jusqu'à 58 % supérieure à celle du diamant cubique. Cette valeur reste cependant théorique et repose sur des modèles de structures cristallines parfaites.
Les mesures réelles effectuées sur les échantillons synthétisés en 2025 montrent une dureté Vickers de 114 ± 6,4 GPa dans la direction axiale. À titre de comparaison, le diamant naturel affiche environ 110 GPa sur la face (110) dans des conditions de mesure équivalentes. La lonsdaléite synthétique présente également un module de Young de 1 229 ± 15 GPa, confirmant une rigidité supérieure à celle du diamant cubique. L'écart de dureté mesuré est réel mais modeste, loin des prédictions théoriques.
Propriétés et applications potentielles
La lonsdaléite possède un indice de réfraction de 2,40 à 2,41 et une densité de 3,2 à 3,3 g/cm³. Sa stabilité thermique est notable : l'oxydation ne débute qu'à environ 848 °C, soit plus tard que pour d'autres formes de diamant. Ces propriétés, combinées à sa rigidité élevée, ouvrent des perspectives pour des outils de coupe ultra-résistants, des revêtements protecteurs et des abrasifs de nouvelle génération. La mise à l'échelle de la production commerciale demeure toutefois un défi actif.
Pertinence gemmologique
La lonsdaléite n'apparaît pas dans le commerce des pierres gemmes : ses spécimens naturels sont microscopiques et la production synthétique reste limitée. Son existence rappelle néanmoins que notre compréhension des allotropes du carbone continue d'évoluer. Le même élément qui forme le graphite, le diamant et les fullerènes peut aussi produire une structure hexagonale aux propriétés mécaniques distinctes.
Au Laboratoire Gem Quebec, nous suivons ces avancées de près, car elles enrichissent les fondements scientifiques sur lesquels repose l'expertise gemmologique.



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